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L'histoire RAHAL

Quand on veut tracer le parcours d'un homme comme Rahal, il faut bien plus que des mots et des phrases pour le faire.



L'histoire RAHAL
En l'évoquant, c'est le souvenir d'un savoir-faire encyclopédique qui s'impose pour graver dans le coeur de chacun de nous une certaine convoitise pour l'élite.

Aujourd'hui, RAHAL n'est plus à présenter et son histoire n'est plus à raconter, les petits comme les grands, chantent sa réussite et pleurent sa mort : sa famille, ses employés, ses voisins, ses clients, ses amis et surtout son pays.

Tous ont été témoins des défis qu'il a su relever contre les grandes adversités de la vie : si Rahal était le traiteur des Trois Rois, il était également un brave combattant dans trois guerres : la pauvreté, l'analphabétisme et la maladie !

Pauvre à la naissance, il mourut riche, analphabète pendant son jeune âge, il devint un grand maître à sa vieillesse et souffrant à la fin de sa vie, Rahal n'a jamais gémi ou baissé les bras.

Résolu

L'histoire RAHAL
Du temps de la parole de «lkelma» de la main dans la main, Rahal s'est forgé une grande réputation d'homme brave et déterminé. Natif de Marrakech et orphelin de père à la naissance, il a connu la misère dès son jeune âge, l'enfance que vit chacun de nous lui a été prise.

J'étais le benjamin, je n'ai pas connu mon père, il est mort trois mois avant ma naissance», à 8 ans déjà dans sa ville natale, il est obligé d'effectuer toutes sortes de corvées pour gagner sa vie et subvenir à ses besoins. «J'ai vendu du charbon, j'ai passé le torchon... Je n'étais même pas payé

 Il travailla dans plusieurs domaines et pour presque rien. Ne pouvant continuer ainsi, il décida de se rendre à la métropole économique tenter sa chance. A14 ans, il rejoigne ses frères installés à Casablanca et tente en vain d'étudier. Il avait dépassé l'âge de la scolarité, encore un rêve brisé. Mais Rahal n'était pas de ceux qui baissent les bras.

Au contraire, il surmontait ses obstacles avec foi et grande volonté. Il essaya donc d'acquérir de bonnes bases en éducation religieuse et partait souvent au M'sid pour apprendre le coran. Parfois le Pacha les convoquaient, ses camarades et lui pour des lectures collectives lors des fêtes religieuses. À chaque fois qu'il franchissait les portes de la grande maison et contemplait sa grandeur et ses meubles, il priait le bon Dieu pour qu'il puisse un jour habiter ne serait-ce qu'une chambre d'une telle demeure. Un jour avec seulement 20 centimes en poche, il comprit le sens des affaires :

avec ces 20 Centimes, j'ai acheté des pépites et du papier. J'ai préparé des petits paquets et j'ai tout vendu devant une école, et c'est ainsi que j'ai gagné 100 centimes.

Ayant l'esprit des affaires et la volonté de réussir, Rahal dénichait, tentait, risquait toutes les opportunités qui mènent à la réussite. Sérieux comme en témoignent tous ceux qui l'ont connu de loin ou de près, il parvient à recevoir des offres de collaboration et finit par louer un petit magasin d'un mètre carré dans l'ancienne médina. Il l'aménage en four puis en pâtisserie et commence à préparer de délicieux gâteaux qui enchantaient les habitants du quartier, les Casablancais, puis tout le Maroc. Une fois qu'il a mis son pied à l'étrier de la réussite, plus rien ne pouvait l'arrêter : la notion du temps n'existait plus pour lui, le défi de réussite qu'il s'était assigné ne lui laissait plus de répit ni de repos.

Assidu

L'histoire RAHAL
Chaque jour était pour Rahal un réel défi, la nuit et le jour se valaient, l'essentiel était de se faire un nom et d'aller de l'avant. Il travaillait d'arrache-pied, avec passion et sans répit :

Mon père n'a jamais pris de congés, il pouvait aligner les 96 heures sans arrêt

Témoigne Karim son fils aîné. Mais il n'y avait pas que les heures de travail que feu Rahal alignait, les fêtes et les saisons n'avaient pas le même sens à ses yeux, elles étaient plus pour lui, des occasions de faire fructifier son commerce que des congés : Pendant le mois de Ramadan, dans son magasin, il régalait les Casablancais avec de délicieuses pâtisseries marocaines : Briouates, Chabbakia, Lemkh-arka, Lemhancha. S'il lui restait des gâteaux, il les vendait dans les salles de cinéma. Il enchantait les Américains de Casablanca avec de délicieux sandwiches à la marocaine. L'été, il se faisait livrer des camions de pastèques et de melons. Il achetait également les noyaux d'abricots qu'il revendait à prix élevé à une usine de colle.

Durant la période de l'Aïd El Kébir, il commercialisait le foin pour les moutons. Après la fête, il rachetait les peaux et les intestins qu'il conservait dans du sel pour les revendre 10 fois plus cher à un exportateur français. Il récupérait même les cornes et les peaux qui n'étaient pas destinées à l'export : il transformait les premiers en peigne et les seconds en Tam Tam qu'il revendait pendant les fêtes d'Achoura. Pendant la rentrée scolaire, une partie de la pâtisserie se transformait en librairie... «C'était quelqu'un qui a toujours cherché à travailler et à innover, quand le gâteau partait au four, il inventait autre chose. Toutes les semaines, ses clients venaient chercher quelque chose de nouveau, sans même savoir de quoi il s'agissait» Témoigne Abdelkarim. Il avait le flair infaillible d'un commerçant averti, il dénichait et saisissait les opportunités.

En 1956, Rahal tente une nouvelle affaire, il réussit à négocier de très bonnes conditions d'installation à la foire internationale de Casablanca : l'emplacement, l'eau et l'électricité accordés par les organisateurs et la tente installée par Oulmés. Il monte un restaurant où il commença à servir de délicieux plats marocains pour le plaisir de tous les visiteurs de la foire. Grâce à son sérieux et sa droiture, Rahal est devenu la principale raison de visite à la foire: les gens ne venaient plus pour les expositions mais pour déguster, en famille, les délicieux plats qu'il leur servait. Comme il avait le don de l'innovation, il meubla sa petite tente comme un vrai salon marocain : matelas, tables marocaines avec nappes, vaisselles en porcelaines... Aucun détail n'est omis, le tout pour créer une ambiance conviviale où les familles marocaines pouvaient se régaler. Rahal faisait danser la foire à son rythme, Il travaillait à une cadence accélérée défiant toute concurrence.

Hônnete

L'histoire RAHAL
Le fait le plus marquant dans la vie de Rahal à cette époque là, c'est la visite de Feu Mohammed V à son restaurant et la recommandation qu'il lui a faite : «Sois un des Hommes qui font ce pays». Depuis, le label Rahal est lancé et à chaque foire il en était la vedette. Il recevait les médailles d'honneur à travers tout le Maroc et ses prouesses se multipliaient grâce à son travail, ses efforts et son honnêteté. Tout le monde témoignait de sa droiture : ses employés, ses clients, ses fournisseurs, ses voisins...Tous avaient la même conviction, si Rahal arriverait un jour ce serait grâce à son sérieux et honnêteté.

Le maâllem n'était pas avide ou envieux, à chaque fois qu'un concurrent copiait sur lui, il l'encourageait et le conseillait pour mieux faire

témoigne Hadj Lebbidi, le compagnon fidèle de feu Rahal. Il avait cette conviction profonde que le Maroc se développe grâce au sérieux de ses hommes. C'est pourquoi, il ne supportait ni la duperie ni la tricherie. Quand il se trouvait dans un café ou restaurant, autre que le sien, il n'hésitait pas à faire ses remarques et recommandations aux gérants et serveurs pour qu'ils améliorent leurs prestations. Toujours, à la foire, il parvient à gagner la confiance et la sympathie des gens, il possédait de grandes qualités humaines qui le rapprochaient de tous, marocains et étrangers.

Depuis le premier contact, les gens m'aiment, je ne me suis jamais disputé avec quelqu'un, j'étais adepte du mot gentil et doux

Un jour, avec l'arrivée d'un nouveau directeur à la foire, les employés devaient choisir entre leur travail en tant que salariés ou s'établir à leurs comptes. Rahal, lui préféra rester libre malgré la contrainte qui s'imposait, il devait quitter sa maison, car dans le cadre de son travail à la foire, il bénéficiait d'un habitat de fonction. Grâce à sa probité et à sa réputation de sérieux, il réussit à obtenir des crédits. Avec son apport personnel,il acheta la maison de ses rêves, la plus grande demeure de l'ancienne Médina qu'il transforma aussitôt en salle de fête. C'est ainsi qu'est née la première salle de fête à Casablanca. La nouvelle maison de Rahal était si grande que les habitants du quartier se demandaient comment il allait faire pour la meubler.

Lors d'une grande foire internationale à Marrakech, il devait meubler «ses restaurants tentes» pour accueillir un grand nombre de visiteurs prévus pour l'événement, il négocia avec les fournisseurs de tissus et meubles, d'excellentes conditions de paiement et fit de ses tentes de beaux salons à la marocaine. La foire terminée, il empocha une somme considérable, de quoi payer ses fournisseurs et revenir à Casablanca avec une belle somme d'argent et un ameublement convenable pour sa maison. Le succès de la salle se fait entendre et Rahal, grâce à sa renommée, se fait de plus en plus de clients. Il fut à l'origine du lancement du métier de traiteur au Maroc et grâce à lui des milliers de familles ont vécu, vivent et vivront encore des nuits uniques.

Affable

L'histoire RAHAL
Le savoir-faire Rahal devient ainsi un label, sa notoriété dépasse les fêtes mondaines et atteint les événements officiels. Puis, vint un jour où un événement miraculeux et glorieux se réalise : Un appel du palais, Rahal a un rendez-vous avec sa majesté le Roi Hassan II le lendemain à 15 heures. Rencontrer Sa Majesté le Roi, qui l'aurait crû ? Le lendemain comme prévu, Rahal et son fils aîné se rendent au rendez-vous le plus marquant dans leur carrière. Ils attendent sur les lieux jusqu'à ce qu'on les convoque pour.

Sa majesté le Roi nous a dit: Vous êtes mes enfants, on m'a dit que vous faites du bon travail, si vous voulez apprendre encore, ma cuisine est à votre disposition, ma porte est ouverte

se rappelle son fils Abdelkarim. C'était une marque de reconnaissance très exceptionnelle, qui a poussé Rahal à se structurer et à créer son entreprise «Manzeh Diafa».

Nous avons investi comme des fous : dans le transport, l'équipement, les ressources humaines et la formation

se rappelle Abdelkarim. Ainsi, toutes les réceptions royales et officielles étaient confiées à Rahal, il prenait un grand soin, ne négligeant aucun détail et réussissait les fêtes et les banquets à la perfection, c'était sa Majesté le Roi qui nous recevait en personne pour nous donner ses instructions, elles étaient appliquées à la lettre.

Mais Rahal refusait toujours d'avancer seul, il a toujours voulu que son entourage l'accompagne et bénéficie de sa réussite. Il considérait ses voisins et ses employés comme sa 2ème famille. En plus de l'emploi qu'il leur accordait, il accueillait la plupart d'entre eux chez lui dans sa grande maison, Dar Lekbira, c'est ainsi que les gens désignaient la maison de Rahal.

«Beaucoup de gens y prenaient les 3 repas de la journée, il y en a même qui y assaient la nuit» raconte lhadj Lebbidi. Sa maison était ouverte pour les petits et les grands et ses repas étaient partagés avec ses voisins. Lors des fêtes, il tenait à ce que les enfants des familles démunies puissent s'offrir de nouveaux habits. Tout ce qui concernait son entourage le touchait, il était toujours à leurs côtés pour partager leurs joies et consoler leur peine.

Loyal

L'histoire RAHAL
Ayant fait des fêtes au Maroc une mode à l'international, Rahal a su instaurer un nouveau savoir-faire dans l'hospitalité marocaine. Ainsi, il a érigé les bases solides du métier de traiteur et en a fait une réussite mondiale. Il avait le don d'exceller, il ne se contentait pas de faire, il essayait toujours de mieux faire. Son entreprise a organisé les plus grandes et prestigieuses réceptions au Maroc et à l'étranger : visites royales, séjours des rois, princes et chefs d'Etats, congrès et conférences internationaux, mariages de plusieurs princes et princesses africains, événements pour stars et grandes personnalités... Il avait toujours le même et unique souci : donner le meilleur de lui même afin de lever très haut le drapeau national, il soignait ses réceptions de façon exemplaire et éprouvait de la fierté dans la satisfaction des convives. Rahal a toujours était loyal. Il l'était en tant que père, en inculquant à ses enfants les vraies valeurs de la vie, en leur donnant les bases fondamentales de la réussite, en les impliquant dans ses activités et surtout en leur apprenant comment être unis. Il était loyal envers ses employés pour lesquels il était un 2ème père et une vraie école, en leur transmettant son savoir-faire, en sachant les écouter, les conseiller et les former.

Enfin, loyal, il l'était avant tout, en tant que citoyen, en remplissant à la perfection ses obligations, en investissant et en apportant au Maroc un label de qualité issu de ses racines.

Rahal le père, Rahal le Maître, Rahal le citoyen, ne font en fait qu'un seul homme, Rahal le «self made man» qui a su apporter à sa famille, à son travail et à son pays, l'amour, le soin et le dévouement d'un grand Homme. 60 ans d'éminence, de prouesses mais aussi d'innovation, à la mémoire d'un grand maître qui a su instaurer les fondements solides d'une profession qui ne cessera jamais de rayonner